Jusqu’à tout récemment, il y avait du cuir dans chaque piano Steinway qui sortait de l’usine de New-York. Chaque rouleau, pièce solidaire du marteau sur laquelle s’appuie le bâton d’échappement pour le propulser, en était garni. Les attrapes aussi, pour bien agripper le marteau après qu’il eût frappé la corde.

Le matériau de remplacement est de l’Eskaine, un cuir artificiel aussi utilisé pour recouvrir les sièges des autos, qui est plus durable que la suède véritable et qui ne nécessite pas de lubrification, comme dans le cas des rouleaux de cuir naturel. Ce matériau était utilisé dans chaque  Steinway de Hambourg depuis de nombreuses années.

Nous avons besoin de la laine pour le feutre des marteaux, mais aucun animal ne meurt pour permettre de fabriquer un piano Steinway. D’ailleurs, il y a longtemps que pour recouvrir un clavier, l’ivoire a été remplacé par des matériaux synthétiques.

On peut dire que Steinway est maintenant un piano végétarien.





Steinway est dans une classe à part dans le monde du piano. Les pianos Steinway dominent outrageusement le marché au chapitre de la notoriété et de la valeur perçue, ainsi que par la quantité d’artistes qui les préfèrent à tous les autres.

Ils se distinguent aussi dans leur construction par des particularités qui exigent du technicien chargé de leur entretien des compétences spécifiques.

Kent Webb, un directeur des services techniques de Steinway New-York, était invité par le chapitre d’Ottawa de la PTG pour une pleine journée de formation et d’information à l’école de musique Crane de la “State University of New-York”, à Postdam, ce samedi 23 mai 2009.

Comment la compagnie réussit-elle à composer avec la situation économique? Quelle est la présence de Steinway en Asie? Pourquoi cette école de musique où nous étions reçus porte-t-elle la mention “École Steinway” et qu’est-ce qu’un “artiste Steinway” ? Nous avons profité de la présence de Kent Webb pour poser toutes ces questions, et d’autres que des rumeurs alarmantes suscitent. Oui, la compagnie fait des profits malgré la situation économique, et oui, elle pourrait tenir le coup pendant plusieurs mois de déficit. Non, il n’est pas question de fermer les portes.

Tous écoutent avec intérêt

Tous écoutent avec intérêt

Sur un plan plus technique, la science de l’harmonisation (voicing) a retenu notre attention pendant la plus grande partie de la journée. La mise au niveau des cordes et l’ajustement précis de la frappe des marteaux sur celles-ci, le traitement à la laque des marteaux eux-mêmes, qui diffère selon l’origine Américaine ou Allemande, le sablage qui leur donne la forme idéale, le piquage profond ou superficiel, l’ajustement du point de frappe, tous ces aspects nous ont été démontrés de façon éloquente aussi bien théoriquement qu’en pratique sur le magnifique piano ( un modèle B de 7 pieds) mis à notre disposition.

C’est la patience, la sensibilité et le savoir-faire du technicien-presque-artiste qui donnent au piano sa voix, sa capacité d’expression, pour en faire  “le véhicule transparent de la création musicale” tel qu’énoncé par Kent Webb comme devise de Steinway.





Ce chat illustre le titre de la pièce

Ce chat illustre le titre de la pièce

Voici la pièce “Kitten on the Keys” jouée avec un bel esprit, dans un contexte très approprié pour ce style:





1- Votre piano bien accordé sera aussi accordé avec toute la musique diffusée à la radio, à la télé, enregistrée sur cd, vendue sur internet. C’est plus agréable pour jouer en même temps que votre pièce favorite et c’est plus facile pour trouver les notes par oreille!

2- Flûte, guitare, violon, piano: tous les instruments partagent le même standard: Le “La 440″.  Ainsi, ils peuvent jouer tous ensemble. Un peu de musique de chambre?

3- Même si personne n’utilise le piano présentement, le faire accorder ravivera peut-être l’intérêt d’un ami ou d’un membre de la famille.

4- Un visiteur arrive, il sait jouer du piano. Justement, le piano a été accordé récemment!

5- L’oreille s’habitue aux sons qu’elle entend. Des sons justes favorisent un développement optimal de l’oreille musicale.

6- Le technicien-accordeur pourra déceler l’apparition de problèmes et proposer des correctifs avant qu’ils ne deviennent plus graves.

7- Si le piano est muni d’un appareil de contrôle de l’humidité, il faut de toute façon en effectuer un entretien régulier.

8- Un piano laissé à l’abandon sera plus difficile à accorder et il y aura un risque que des cordes se cassent, ce qui causera des délais et des coûts plus importants.

9- C’est une occasion de nettoyer des endroits normalement peu accessibles .

10- Un dossier d’entretien bien étoffé augmente la valeur de votre instrument.





John Granholm, membre de la Piano Technicians Guild et estimé collègue de plusieurs des techniciens qui participent à la liste de discussion Pianotech, a subi un grave accident de la route alors qu’au volant de sa motocyclette, il s’est fait frapper par un conducteur qui a fui les lieux du drame. Tout de suite s’est organisée une action solidaire en vue d’aider financièrement John et sa famille à passer au travers des mois que durera sa convalescence: plusieurs techniciens ont proposé de lui envoyer le montant d’un accord chaque mois.

C’est un reflet émouvant du remarquable esprit qui règne dans cette communauté. La liste de discussion Pianotech regroupe des accordeurs-techniciens qui échangent leurs expériences et leurs opinions sur tous les sujets qui touchent le piano, son entretien, sa réparation et son accord. Ce qui m’avait frappé quand j’avais joint les rangs de ce groupe c’est la générosité et l’ouverture qui y règnent. Les discussions sont parfois très animées, chacun défendant son point de vue avec conviction, mais tout le monde est prêt à donner ses solutions à des problèmes rencontrés pour la première fois par un autre technicien. J’y ai appris tant de choses!

Tout s’y déroule en anglais mais tout le monde peut s’y inscrire. Pour y rechercher des messages qui font référence à un sujet en particulier, un outil de recherche se trouve dans la page d’accueil de la PTG (en bas à droite).



Photo : Celia Raquel Jimenez